
Minimiser ce que tu sais : quand l'autodépréciation devient un réflexe

Sabrina Carlucci
Accompagnement à Strasbourg | Régulation du système nerveux · Strasbourg
« C'est rien, n'importe qui saurait faire ça »
Tu viens de résoudre un problème complexe. Quelqu'un te complimente. Et ta première réaction ? Minimiser, dévier, relativiser.
« C'est rien, vraiment. N'importe qui aurait fait pareil. »
Ce réflexe est tellement rapide, tellement automatique, qu'il ne ressemble même plus à un choix. Il ressemble à une vérité.
Ce que ça ressemble de l'intérieur
- Tu termines une tâche difficile et tu penses surtout à ce que tu aurais pu mieux faire.
- On te demande ton avis en réunion et tu commences par « je ne suis pas experte, mais… »
- Tu hésites à postuler à une opportunité parce que tu estimes ne pas « vraiment » maîtriser le sujet.
- Tu acceptes mal les remerciements, ils te mettent mal à l'aise, presque en danger.
Ce n'est pas de la modestie. C'est un filtre déformant qui efface systématiquement ce que tu apportes.
D'où vient ce réflexe ?
Les origines sont souvent multiples et entremêlées. Certaines personnes ont grandi dans des environnements où se mettre en avant était mal perçu, voire risqué. D'autres ont reçu des messages répétés, explicites ou non, qui leur ont appris que leurs capacités étaient ordinaires, insuffisantes, ou toujours perfectibles.
Ce que le système nerveux retient, c'est une règle de sécurité : rester petit·e, c'est éviter le rejet ou la critique. L'autodépréciation devient alors une stratégie d'adaptation, efficace à un moment, épuisante sur la durée.
Il ne s'agit pas d'un manque de volonté. Il s'agit d'un apprentissage profond, souvent inconscient, que le corps et l'esprit ont intégré ensemble.
Reconnaître le réflexe sans se juger
La première étape n'est pas de « penser positivement ». C'est d'observer ce qui se passe réellement quand tu parles de toi ou de ce que tu fais.
Un exercice concret à essayer maintenant
Prends 5 minutes. Pose-toi ces questions par écrit, pas dans ta tête, sur papier :
- Qu'est-ce que j'ai accompli cette semaine, même de petit ?
- Pour chaque item, note ta première réaction intérieure : fierté, gêne, relativisation ?
- Si un·e ami·e m'avait dit la même chose, comment j'aurais réagi ?
Cette asymétrie, ce que tu accordes aux autres versus ce que tu t'accordes, est souvent très révélatrice. Beaucoup de personnes découvrent qu'elles sont capables d'une grande bienveillance envers les autres, et d'une sévérité automatique envers elles-mêmes.
Ce que l'autodépréciation coûte vraiment
Ce réflexe n'est pas anodin. Il peut :
- Freiner des décisions importantes : candidatures, prises de parole, demandes d'augmentation.
- Entretenir un sentiment de fatigue chronique : se battre contre sa propre valeur est épuisant.
- Isoler : quand on ne se montre jamais vraiment, les liens restent en surface.
- Alimenter l'anxiété : l'impression de ne jamais être « assez » crée une vigilance constante.
Observer ces effets sans se juger, c'est déjà commencer à desserrer quelque chose.
Développer un regard plus juste sur soi
Construire un regard plus juste sur soi ne signifie pas se convaincre d'être parfaite. Cela signifie apprendre à voir ce qui est réellement là, ni amplifié, ni effacé.
Certaines personnes trouvent utile de travailler sur les croyances qui sous-tendent l'autodépréciation : d'où viennent-elles ? Quand ont-elles été utiles ? Est-ce qu'elles reflètent encore quelque chose de vrai aujourd'hui ?
Ce qu'un accompagnement peut apporter
Dans mon travail à Strasbourg, j'accompagne des personnes qui ont souvent développé ce réflexe depuis longtemps, parfois depuis l'enfance. Ce que j'observe, c'est que le corps porte ces croyances autant que le mental : une posture qui se referme, une voix qui s'excuse, une respiration qui se retient avant de parler.
Travailler sur la régulation du système nerveux, c'est aussi créer les conditions intérieures pour que ce regard plus juste puisse s'installer, pas comme une injonction, mais comme une expérience vécue.
Trois points d'appui au quotidien
- Nommer sans corriger : quand tu te surprends à minimiser, note-le mentalement sans te juger. « Ah, je l'ai fait encore. » C'est tout.
- Garder une trace écrite : un carnet où tu notes une chose concrète que tu as su faire chaque jour. Pas un exploit, juste quelque chose de réel.
- Recevoir les retours positifs : entraîne-toi à dire « merci » sans ajouter de « mais ». Juste « merci ».
Ces petits gestes ne changent pas tout du jour au lendemain. Mais ils créent des micro-expériences qui, accumulées, peuvent contribuer à modifier le filtre.
Quand consulter ?
Si tu reconnais ce réflexe dans ton quotidien, au travail, dans tes relations, face aux opportunités, et qu'il te coûte quelque chose, il peut être utile d'en parler. Ce n'est pas une faiblesse de chercher un regard extérieur bienveillant. C'est souvent ce qui manquait au départ.
Je t'accompagne à Strasbourg dans un espace sécurisant, à ton rythme, pour explorer ce qui se joue derrière ce réflexe et développer un rapport à toi-même plus ancré et plus juste.


