
Deuil de son ancien métier : accueillir ce qu'on quitte

Sabrina Carlucci
Accompagnement à Strasbourg | Régulation du système nerveux · Strasbourg
Un changement choisi, une tristesse qui s'invite quand même
Tu as donné ta démission, ou négocié ton départ. Autour de toi, on te dit : « Quelle chance, c'est courageux ! » Et pourtant, un dimanche soir, un creux s'installe dans la poitrine.
Ce décalage surprend beaucoup de monde. On pense que la tristesse est réservée aux changements subis. Ce n'est pas le cas.
Ce que tu quittes, au-delà du poste
Un métier, ce n'est pas seulement des tâches. C'est aussi :
- une identité : « je suis infirmière », « je suis cadre », « je suis artisan » ;
- des repères : les horaires trajet, les rituels, le café avec les collègues ;
- une reconnaissance : être compétent, attendu, utile ;
- un lien social : des gens que l'on voyait chaque jour ;
- une version de soi : celle qui a construit cette carrière.
Quand tout cela s'efface d'un coup, il est courant de ressentir de la perte, de la nostalgie, parfois de la culpabilité. Certaines personnes décrivent aussi de la fatigue, un sommeil moins stable ou une difficulté à se projeter.
Ce que ce vécu n'est pas
Cette tristesse ne prouve pas que ta décision était mauvaise. Elle peut simplement montrer que ce que tu quittes avait de la valeur.
On peut avoir besoin de partir et regretter ce qu'on laisse. Les deux coexistent souvent, sans se contredire.
Avancer ne demande pas d'effacer le passé. Cela demande souvent de lui dire au revoir correctement.
Dans mon accompagnement à Strasbourg, j'entends régulièrement cette phrase : « Je ne comprends pas pourquoi je me sens comme ça, c'est pourtant moi qui ai voulu ce changement. » Ce questionnement est légitime, et il mérite de l'espace.
Faire de la place à ce qu'on quitte : repères et exercice
Il n'existe pas de méthode unique ni de délai standard. Voici quelques repères que certaines personnes trouvent utiles pour traverser cette période.
Quatre repères simples
- Nommer la perte. Dire à voix haute ou écrire : « Ce métier me manque. » Mettre des mots peut contribuer à alléger ce qui tourne en boucle.
- Distinguer regret et décision. Tu peux ressentir l'un sans remettre l'autre en cause.
- Marquer le passage. Un petit rituel de départ, un objet gardé, une lettre jamais envoyée : cela donne une forme à la fin.
- Ralentir le rythme. Pendant une transition, le corps et la tête sont souvent très sollicités. Des temps de pause réguliers peuvent aider à se sentir plus posé.
Exercice : le tour de ce que je quitte (10 minutes)
Installe-toi assis, les pieds à plat au sol, le dos soutenu. Pose une main sur la poitrine, l'autre sur le ventre. Prends une feuille et un stylo à portée de main.
Étape 1 : se poser (2 minutes)
- Inspire par le nez pendant 4 secondes.
- Expire doucement par la bouche pendant 6 secondes.
- Répète 6 fois, sans forcer. Si les chiffres te gênent, allonge simplement l'expiration.
Étape 2 : trois colonnes (8 minutes)
Divise la feuille en trois colonnes, et accorde-toi environ 2 minutes par colonne :
- Ce que je laisse : les journées, les rôles, les gens, les habitudes.
- Ce que j'emporte : les compétences, les valeurs, les souvenirs, les rencontres.
- Ce que j'ai encore à dire : un merci, un regret, une colère, une question restée sans réponse.
Termine par 3 respirations lentes. Relis sans juger. Tu peux refaire l'exercice une fois par semaine : ce que tu écris peut évoluer.
Cet exercice est un outil de repère, pas un traitement. Si des émotions fortes remontent, il est possible de t'arrêter à tout moment.
Quand consulter ?
Une tristesse après un changement de métier peut faire partie du chemin. Elle devient une raison de demander du soutien quand elle s'installe ou t'épuise.
Tu peux envisager un accompagnement si :
- tu tournes en boucle sur ce que tu as quitté, sans pouvoir te projeter ;
- tu ressens un vide d'identité : « qui suis-je sans mon métier ? » ;
- tu te reproches ta décision malgré des raisons solides ;
- tu te sens tendu, fatigué ou agité depuis plusieurs semaines ;
- tu repousses sans cesse les premiers pas de ton nouveau cap.
Dans mon cabinet à Strasbourg, j'accompagne des personnes en transition, à leur rythme. Nous prenons le temps de clarifier ce que tu quittes, ce que tu souhaites garder et ce vers quoi tu veux aller. Je m'appuie aussi sur des approches de régulation du système nerveux pour t'aider à retrouver des appuis corporels dans cette période mouvante.
Mon accompagnement ne remplace pas un suivi médical ou psychologique. Si ton mal-être persiste, s'aggrave, ou s'accompagne d'idées sombres, consulte un médecin ou un professionnel de santé qualifié. En cas de détresse, tu peux joindre le 3114, numéro national de prévention du suicide, disponible 24 h/24.


